10.04.2008

Extrait

Sous une heureuse lumière, près d’une tombe qui ressemblait à mon frère, devant mes deux fils fiers et amis, mes jambes s’échappèrent… Loin, loin dans mon cœur, j’avais ce rêve qui était mort, cette volonté de trouver les mots justes, les mots qui touchent. Et puis, je ne sais pas, je ne sais plus, j’ai perdu l’envie, tout était noir, triste et incertain. Même l’alcool, mon vieil ami, me fuyait ou pire encore m’enfonçait la tête sous l’eau. Les femmes aussi me fuyaient, tout comme le talent, l’argent, la reconnaissance et cette solitude qui m’écrasait, me faisait pourrir comme une plante trop arrosée. Le cerisier du jardin sortait ses premiers bourgeons et je contemplais mon clavier comme une arme fatiguée, un compagnon de souffrance qui s’était lassé. La même musique, le même refrain, la même lassitude. Et cet orage qui ne venait pas, ce ciel gris et sans fantaisie, cette lumière heureuse mais ennuyeuse… Les attributs sans le talent, la malédiction sans l’argent. Mon cœur affreusement ouvert à toutes les inconnues de passage, ces femmes sans tendresse et ces corps sans mémoire. Et le vent de la révolte ! Je n’ai plus ce courage là, je suis si déçu, si déçu que je ne sais plus quel chemin prendre, quel chanson chanter, quel poésie réciter. Oh, mes amis, mes lointains frères, laissez-moi rejoindre la terre et mon frère, le néant et le silence, l’harmonie et la beauté. Non, non, cette vie n’est pas pour moi, avec son hypocrisie, cette drogue qui me noie les veines, cette noirceur qui me sort les tripes à l’air tandis que les rois blasés s’envoient en l’air avec des russes effilées.

-          Mais tu sais quoi, mais oui mon bonhomme, toi, tu sais quoi ?

-         

-          Ah, tu réponds pas… Et d’ailleurs, je préfère… J’étais pas loin de te casser la gueule !

Et ce cul qui se balançait comme dans mon enfance, entre un éléphant et une girafe, un doudou et une comptine depuis longtemps oubliée. La géante aux chaussettes rouges… Il faudrait changer, partir, oublier ou quelque chose comme ça, regarder à la télévision la vie, observer les animaux s’éteindre sous les coups de nos mains impatientes, aboyer comme un esclave moderne, rire, rire parce qu’on ne sait plus quoi faire ! Ouais, le cerveau tordu, le foie malade, les tempes suantes, le ventre agressif et s’empiffrer de langoustines au clair de lune en regrettant ses quinze ans et les demoiselles agiles. Gazelles avides de vin et de paroles savantes. Je vomis, je crache et mes hurlements vous dérangent tout comme ce confort abusivement gagné. La maison aux étages, la chambre vide, les chats gourmands et dépressifs, publicité mensongère pour monstre  à la double bosse chanceuse. J’ai connu un vieux musicien que les gens ne saluaient plus, un vieux monsieur très respectable qui ressemblait à un clochard talentueux. Il avait même une fille, une nana qui de ses doigts inventait une sensualité étrangère, un mouvement maladroit et fragile. Pauvre homme… A moi, l’ardente terre aux pouvoirs amnésiants.

Et je casse, casse toute cette musique qui ne me plait pas, ces instants à jamais perdus, ces mortelles randonnées où les sidéennes démoniaques inventaient la peste amoureuse. N’être que des fesses en l’air, un trou à combler, une larme… Une émotion qui devant les fascistes sûrs d’eux-mêmes savait les troubler, comme trois notes sur un piano, trois petites notes qui fredonnaient l’amour vrai, l’amour, l’amour…  

 

05.02.2008

Où sont les camps d'aujourd'hui ?

Chut, tais-toi…

Ne vois-tu pas ?

Silhouettes noires dans le froid du Nord.

Chut, tais-toi…

Bien sûr que tu ne les vois plus, comment le pourrais-tu ?

A misères anonymes, violences anonymes et morts sans cérémonie.

Chut, tais-toi…

Bling, Bling, font tes petites poches pleines tandis que une à une, patiemment, les vitrines s’éteignent.

Il est tard et quelques camions passent de l’autre côté.

Oui, il est vraiment tard pour ces fantômes oubliés.

Chut, tais-toi car qui sait ce que demain t’amènera ?

A vouloir survivre à tout prix, on finit par se détester.

 

17.01.2008

BBBOOOUUUHHH

Vous savez, la Vérité, c’est une cour de prison où t’en finis plus de tourner en rond, de voir tes copains crever de silence et puis ta femme s’enfuir. Vous savez, la Vérité, ça ne dure qu’un moment parce qu’à force de la dire, on se lasse, on préfère vivre et puis se taire. Moi, quelque part, la Vérité elle m’a tué de nombreuses fois. La première, la meilleure comme on dit, c’est quand les poils ont poussé, que la barbe s’est durcie et que les yeux plissés, j’ai dit comme ça :  « Maman, je sors, pousse-toi de là. » L’a pas voulu comprendre alors la gifle, elle est partie toute seule et la route s’est ouverte, énorme et belle, gigantesque et insatiable. Ouais, c’est là que j’ai croisé mes frères, des types qui en avaient gros sur la patate et qui ne s’arrêtaient pas à la cravate. Savaient voir les plaies et les cicatrices, des trucs qu’à l’école, ils font semblants d’ignorer. Ah, les hypocrites, ils ont le jugement sûr, la voix qui tremble pas et les intonations. Alors donc, Ma mère, ce premier soir, je l’ai écrasée contre le mur d’en face. J’étais un géant qui ne redoutait certainement pas la colère de Dieu… Et je suis passé de l’autre côté, aussi facilement qu’une petite fille à travers un miroir. Depuis le voyage se poursuit, avec tant de déceptions que l’on renonce à les compter, avec tant d’appétit, que beaucoup vous abandonnent par peur du ridicule.

Ah, mes passions, mes petites chéries, mes corps aimés…  

09.01.2008

Complices

Ce soir là, il était tard depuis très longtemps et la nuit vivait ses dernières obscurités. L’errance qui se renouvelle n’est qu’une mauvaise habitude, une tromperie facile mais ce soir là, quelque chose s’était brisée, quelque chose qui sans doute ne se réparerait pas. Au volant, tandis que l’ivresse tardait à s’envoler, la route défilait à grandes enjambées. Quelques gouttes de sueur sur le front et l’hésitation… Au loin, les vertes collines irlandaises… Des mots apaisés, le silence enfin après toute cette fureur. Mais derrière ? Des sourires à jamais mélancoliques et le profond regret de ne plus pouvoir se toucher. Comment vivre sans l’odeur pénétrante d’une maison habitée par des enfants, par les jeux et les pleurs, les contes et les joies. Il existe des gens sérieux, au-delà des mers et des paris enfantins. Devant ceux-là, que dire ? Moi, oui moi, j’ai connu les aventures de Sindbad et de Scaramouche, des histoires, ma fille, des histoires… Je n’en suis pas si sûr ! Qui pourrait dire ? Des prétentieux, ça pullule mais des gamins, c’est plus rare.  La nuit, elle vous avale et c’est difficile de parler, de parler vraiment, des blessures et des cicatrices. Et à la fois, parfois, on se fait confiance. Et voilà tout… Je ne suis pas avare de mes sourires, ni d’amour. Je fais confiance à la nuit, voilà tout… Ah, tu connais cette chanson de Ferré, « les vieux copains », j’suis pas un gars sérieux. J’suis un de cela, mon Dieu ! « les vieux copains, qui mangent à la Sécu et qui ne savent plus où est le quartier latin… » Parfois, on se souvient, les longues marches qui s’achèvent forcément mais vers qui… Il y a des sourires qui ne trompent pas, des phrases qui se terminent par des Camarades, des slogans qui font signes de vie. La résistance commence aujourd’hui, devant toute cette vulgarité et ces hommes qui ne s’accordent plus. Anarchie !  Alléluia ! A Chicago, une mère dans son cercueil attendait ses deux enfants. Ils ne viendront pas si vite. Ils patienteront avec leurs larmes. Et moi, silencieux, qui me souvenais de mon frère que les anges n’ont pas fini de soulever. Les pauvres, ils ne savaient pas… Et ma sœur dont le cœur lâche tandis que je vis à pleins poumons, d’une force dont les autres ne devraient pas m’envier.  Monsieur Daniel, un employé modèle ! Et à la fois, si peu, un peu mystérieux, le gaillard, avec son costard de pauvre con, son air de « je sais, je sais » et qui, évidemment, ne sait rien ! c’est exactement ça, la vie, un malentendu, ma main grande ouverte qui soulève mes fils, qui leur apprend les dieux, les dinosaures et le chanson française. La mélodie, l’essentiel… L’essentiel tient dans un baiser ! Et Dieu que cela  coûte cher !

 

03.01.2008

Bonne année 2008, my friends

Un 31 solitaire, c’est sociologiquement révolutionnaire. Ca fait réfléchir sur les années passées, les amis perdus ou oubliés, ceux avec qui on n’a plus la force de partager quoique ce soit, parce que les déceptions, parce que la vie, parce que plus de mots… Ca me coûte d’articuler, d’inventer des sentiments, de m’imaginer que l’année prochaine, ce sera différent parce que quelques gouttes de vie se seront échappées de mon corps et de mon esprit. Rien de tout ça n’est vrai, bien sûr, tout sera comme avant, le même gâchis, la même déception. Je sais que je suis pas seul à penser comme ça, que c’est juste un hasard malheureux si c’est moi qui écrit, tandis que d’autres se perdent dans les fêtes en redoutant le mal de crâne et l’aspirine du lendemain. J’aime bien d’ailleurs la fête, ça ressemble à l’oubli. Et puis, y’a pas que ça, y’a les rencontres, les filles et les garçons, les parfums qui se mêlent aux sueurs, la civilisation au secours du primitif. Parfois, et il faut bien le reconnaître, c’est pas si triste la vie, c’est juste inutile et trop court, l’insatisfaction permanente… Je partage désormais mes nuits et mes jours avec l’impossibilité de dire ce que je ressens, par peur de blesser ou de me tromper. Les codes sociaux m’écoeurent, sans doute parce que ma jeunesse est derrière et que ma silhouette, grossie par les ans, peine à traverser les portes. Sur le seuil clinquant, j’observe les danseurs, les pas de « un deux trois », les longues robes et les costumes étriqués. La défonce, belle défonce, la merveilleuse blanche, la délicate blanche qui me ramène au temps jadis, sur mon lit d’enfant où durant des heures, j’envoyais une balle contre le mur de ma chambre. Il est si aisé de se perdre dans un semblant de respectabilité. Un sommeil profond n’est que l’aube d’un réveil douloureux. Serais-je en train d’assassiner mon amour ? Que me dicte mon cœur et d’ailleurs, sais-je encore l’écouter ? Faibles battements face au fracas du quotidien.

Mon rôle, mon rôle ! Qui peut donc m’expliquer mon rôle ?
Un guide, un guide ! Qui peut donc me guider ?