12.11.2008
Le Lac
Hier, je suis monté au lac et j’ai pleuré. Il n’y a plus d’heures heureuses dans le silence assombri et la forêt martyrisée par les grandes machines s’est mariée avec mes larmes orphelines.
J’ai prié et regardé au loin la lune se blottir dans les nuages du soir, la nuit tombe comme une lame dans ces montagnes roussies par l’approche de l’hiver. Demain, le blanc taira les souffrances et les haines pour ne laisser que l’amer regret de l’amour. Il faut pourtant partir et reconstruire à nouveau, devant le cirque majestueux des paysages renouvelés.
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23.10.2008
Cela faisait longtemps . . .
Si las et si alcoolique que la misère n’est plus mienne mais universelle, et tandis que sur le canapé du salon, le chat dort en priant pour que sa mort ne soit pas trop violente, des violettes fanées volètent dans les champs de coquelicots.
Les attaques et les coups, les amours d’hier, les corps oubliés, ces femmes qui d’un sourire m’offrent la vie…
La Vierge noire, squelettique et morbide, silhouette spectrale enroulée dans un lin poussiéreux et le fils, tendre et énigmatique, hébété et voulant survivre dans le sable suffocant. Les lions hurlent dans la savane, derniers rois avant le déluge, ultime royauté dans l’anarchie volontaire.
Si las et si alcoolique, que le réconfort ne vient plus que de l’abrutissement, que le cerveau malade n’arrive plus à fixer ni les idées, ni les émotions, ni les sentiments. Ours solitaire et brave, dément et ermite, libertaire et grand masturbateur, j’erre dans les couloirs de la ville en observant les voitures rouler comme des oiseaux. Le bruit de la terre est assourdi par les cheminées montagneuses, un bébé au loin au sein de sa mère crie sa joie et pendant ce temps, je tète l’amertume des pleurnichards archaïques. « Il a peur, il a peur, s’étonnent les bourreaux, regardez comme il a peur. » Vous verrez un jour que le malheur de vivre est bien plus fréquent que le bonheur de mourir. Je vis comme un prince sage, ayant renoncé aux droits de sa naissance, espérant pourtant que le père, un jour, rétablisse mes droits sur la société.
J’ai vu son nez de trompette humer l’air comme un papillon attardé et son soutien-gorge s’amuser de la transparence du coton, chevilles lourdes et évasives, poitrine abondante et juteuse, fruits à maturité qui ne demandent qu’une traite experte, un massage confus et brouillon. Petite voix aiguë s'élevant comme une flûte enfantine, liquide marbrée qui remue en rythmes crépusculaires.
Mais où es-tu mon amour ? Où es-tu ?
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28.08.2008
Maroc
Derrière la vie, la mort et derrière la mort, encore l’amour…
Une princesse en papier aux couleurs de feu souriait si familièrement aux paradis perdus qu’elle fut sauvée des tempêtes, des deuils et des naufrages. Un jour, en un souffle de rien, elle disparut sans que personne ne s’en soucie. Nul ne cria à l’Ouest ni à l’Est pour retrouver la femme illuminée.
Quelques siècles plus tard, après quelques guerres meurtrières, son regard fut inscrit au rang des merveilles du monde, pas très loin de ce phare d’Orient englouti en un soir par les furies des flots. Et les hommes, perdus dans leur navire de fortune, se repèrent encore à ses yeux lumineux de déesse assoupie.
Petite tendresse au seuil de la porte du millénaire, n’ouvre pas trop vite tes grands yeux doux. Attends, attends encore, attends toujours. Laisse maman te bercer et te chuchoter les mots fous… Laisse la brise caresser tes cheveux, écoute venir la nuit sans crainte. N’écoute pas les guides de mauvaises fortunes, cours dans les ruelles de coton, rebelle à la révolte, blottis-toi contre le ventre maternel et tête le lait frais de l’existence nouvelle. Demain, aventurier, tu partiras à la conquête de l’or, mais aujourd’hui tu sais rêver encore.
Aux dieux perdus, à nos prières oubliées, aux croyances désespérés et au triptyque enchevêtré des anciens temps. Dans une lumière de sagesse, le vieil homme édenté à la canne d’ivoire posa un genou sur le sol déformé. Les dalles vacillantes le soutinrent tant qu’elles le purent. Peu à peu, la pierre remonta sur la chair pourrissante, les os craquèrent, et il fut enfermé pour l’éternité au côté de ses divinités.
A l’aube, Yassim vient parfois jouer près de cette statue qui n’intéresse plus. Si jeune, si fragile, si beau et pourtant si tentant…
22:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Je ne suis pas mort, malgré mes efforts
Et tous les jours, je suis loin de moi
Oublieux de mes frères en détresse
Et loin de moi les prières et les messes
Ces heures où mon Dieu était mon roi
Et à chaque minute, j’attends l’inattendu
22:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.05.2008
Sans cesse lutter pour ne pas sombrer
Assis face au fleuve, liquide et désoeuvré, j’attendais… L’eau saumâtre, le fond invisible et au milieu des flots calmes, un cargo miteux, rouillé jusqu’au squelette, qui glissait comme une souche noire. S’engloutir et au gré des courants, rebondir comme une feuille collée à son destin, plus de goût, plus d’envie, mourir sans raison, mourir sans passion, mourir, mourir et mourir encore…
Et la poupée muette et grimaçante qui n’arrivait même plus à me faire rire, tandis que l’autre pantin montrait son visage fermé, une astuce maternelle peu recommandable. Où donc se cache la douceur de ce monde, les plantes sucrées arrosées par les brises marines, les après-midi d’ivresse tranquille sous un soleil nerveux. J’ai cassé le dernier miroir de la maison, trop méchant, trop vrai, peut-être trop vivant. Il n’y a que le silence et la fin, et puis le clapotis étrange des rives assassines.
Je suis du coton inconscient, une machine déréglée, un tout petit homme sans âme, un poisson qui rejoint sa bulle, un serpent solitaire qui s’étire sur les vaguelettes boueuses. A la honte s’ajoute l’abandon. Dommage, j’ai parfois remué mon corps comme une fête laiteuse, bougé ma tête comme un esthète impatient, secoué mes branches comme un pommier fécond.
De mon passage, il ne reste que des fruits pourris et l’amère sensation de n’être jamais né.
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