03.12.2008
D i s c u s s i o n
Dans mes moments de clarté, j’imagine que je n’ai jamais bu, que je n’ai blessé aucune femme, heurté aucun ami, et puis aussi que mon frère habite encore à Chaville, dans la petite banlieue éblouie par les lumières de la capitale. Je prends la voiture pour le rejoindre et je traverse les montagnes russes de Meudon tandis que le jour s’éclipse devant les coquetteries de la Tour Eiffel. Je ne sais pas encore que derrière les bois, se cache un cimetière aux allées ternes où l’on célèbre les destins sans gloire. Dans l’appartement en rez-de-jardin, le chat me connaît, un tigré mal élevé qui me remue dans les jambes en quémandant de l’extra croquettes… La table est prête, trop abondante, trop généreuse et mon frère m’enserre de ses bras de bibendum en me chuchotant : « alors Kikou, où on va ce soir ? »
Pas trop loin frérot, pas trop loin… Je ne peux plus, je vieillis… Tu sais que j’ai deux fils maintenant. On est moins libre, il faut faire attention, je ne suis plus tout seul. Tu comprends tout ça, n’est-ce pas ? Il y a les responsabilités… Les conneries habituelles… Et puis l’argent, tu sais, j’ai pas beaucoup d’argent…Et puis il y a cette fille aux yeux noirs, elle est belle, tu sais, tellement belle…Un vrai danger…
Ah, la mauvaise heure, celle que je redoute tant, celle qui pourtant arrive à tous les coups et vlan les bouteilles, et vlan dans le décor, et vlan les promesses et les repentances. Mes résolutions : du verre cassée, du passé oublié. Et me voilà qui crache ma tristesse aux passants, aux amants, à tous ceux qui vivent encore… je ne sais comment… Et j’ai déjà honte du lendemain, du regard des petits hommes abîmés, des tendresses qui s’éloignent, des mains qui s’envolent au plus loin. Où iras-tu mon ami, demain, lorsque le désert de toutes parts t’attaquera de son sable asphyxiant ? Là-bas, mon frère me sourit… On ne juge plus, là-bas, dans la blancheur des neiges éternelles mais il me confie, grave et morose : « pas encore, pas tout de suite, ne te consume pas trop vite, la vie tu finis aussi par la regretter. »
D’accord frérot, d’accord, mais alors où aller… Dehors est si accueillant, dedans est si connu, une histoire trop souvent racontée… Alors, une caméra ? Oui, pourquoi pas une caméra ? Regarder enfin l’invisible, le vent, les courbes, les terres oubliées…Tu sais, cette fille, celle dont je t’ai parlé, elle veut être actrice, dire des mots,et puis elle balance, tu peux pas savoir, une chaloupe des mers du Sud… Et ses seins… Et ses reins… Et sa bouche… Enfin tout le tralala, quoi…Une BO inoubliable, un classique hollywoodien…
Il paraît que l’été revient, même en hiver… C’est un vieux singe qui m’a appris ça, un terrien qui chroniquait le vélo d’avant le dopage, un sagouin qui s’arsouillait à l’acide nitrique, HNO3 pour les savants… Un comique quoi qui refaisait les batailles napoléoniennes entre deux cognacs trois étoiles… Un vieux loup dont les hurlements dérangeaient la flicaille et les gouvernements tatillons. A chacun ses héros, j’imagine… Les miens sont usés, ils ressemblent à des vieillards ridicules, des fleurs un peu fanées qui traînent dans des pots… Et le frérot, là-dedans, qui flotte comme un hippie hollandais, entre deux fumettes rosées : « alors Kikou ? On se prend toujours la tête ? Faut pas petit frère, la vie, une vraie fête, un orgasme, un feu d’artifices ! Tu te rends compte, tu peux te branler quand tu veux ! Ouais, quand tu veux ! Alors, que demander de plus ? »
Mais ouais, c’est vrai après tout… Il a pas tort le frérot, où je veux, quand je veux… Et puis avec les vieux potes, on se fera des cours d’histoire, on se rappellera des phrases essentielles de notre jeunesse, du genre Marielle à Ferréol : « Tu sens la pisse, toi... pas l'eau bénite ! » Et on bandera quand on aura envie de bander, les pieds plongés dans la rivière claire, reluquant les nichons scintillants de la petite Miou Miou. Je nous y vois déjà, des seigneurs, frérot, des seigneurs ! Et il ne manquera plus que toi pour que le tableau soit parfait…
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02.12.2008
Symphonie rezéenne...
A Londres, New York ou bien Rezé
Je valse de verre en verre, désespéré
Et je geins, et je me plains, et je suis bien
Sous les yeux ébahis des copains et des miens
Et oui, mon petit monde est tout fou, tout joujou
Et tout tourne, et tout bouge, et tout est flou
Tandis que mon Poireau s’accroche à son doudou
Et que ma douce Tomate rougit à pleines joues
Et je geins, et je me plains, et je suis bien
Allongé dans les prés à r’garder passer les trains
La réussite, la gloire, la beauté et tout le zinzin
Ces petits machins qui sont maintenant bien loin
Et non, tant pis, on ne me donnera pas du président
Ma plutôt une avalanche de calmants et de tranquillisants
Pour empêcher mon corps entier de remuer, brûlant
Des plaintes andalouses et des accords gitans
A Londres, New York ou bien Rezé
Je vagabonde gaiement de ciné en ciné
Emmitouflé dans mon imper de faux privé
R’luquant les blondes cendrées et les brunes tatouées
Et oui, j’suis qu’un gogo au cœur guimauve
Qui pleure devant le spectacle des grands fauves
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28.11.2008
Ah, la belle inconnue...
A l’ombre chaude d’une lune d’or
S’évanouir, s’abandonner
Dans cette maison sage qui dort
Se délecter de ses baisers
En grand familier de la mort
Ne pas respecter la mariée
Emballer son cœur sous son corps
Et ses yeux bleus écarquillés
Jouir, jouir, et jouir encore
Faussement trembler de sa beauté
Ne pas jouer du désaccord
Et murmurer les mots sacrés
A l’aube froide, le matador
A Crucifié son adorée
En la jetant au triste sort
De la pécheresse rassasiée
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22.11.2008
Hommage à Marie Chouinard...
Le gris coton du ciel se débobine comme une pelote de laine, les dernières pluies s’abattent au son des cuivres grinçants, des tonnerres rugissants, et je fuis…
Les arbres se plient, se tordent et grimacent en martyrs, les fleurs pelotonnées dans leur tige jettent un pétale sur la rivière en crue, et je crie…
La forêt dégouline telle une encre bleutée, la clairière sombre agite ses herbes folles, les insectes se noient dans le torrent d’une goutte d’eau, et je prie…
Un cerf, au loin, en vieux sage chinois, immobilise ses bois et brûle ses yeux d’une colère archaïque, le vent balaye la nature de ses ordres impétueux, et je faiblis…
Les mariages s’organisent, les pollens virevoltent et fertilisent, lorsque soudain, un silence inquiet embrasse cette mer verte rongée par les longs mois de froid, et je m’assoupis…
Un papillon argenté, au cœur du rêve, se pose alors sur mon front brûlant, et il attend… Il est mon fils, mon père, mon maître et ami, et d’une aile, je le saisis…
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21.11.2008
Je suis petit garçon...
Je suis petit garçon, petit polisson dans les jupes de maman, cette dame aux bouteilles vides, et sur le mur de ma chambre, je shoote cent fois dans un ballon, espérant que mon coeur se fonde dans le néant.
Je suis petit garçon, petit couillon, qui chasse les talons des filles et les punitions, les rendez-vous du mercredi après-midi où les cancres, enfin seuls, laissent voyager leur imagination. La mer, les mouettes et mes soleils d’étés… Et ce pion attendri caressant mes cheveux d’oiseau sauvage.
Je suis petit garçon, petit zozo en culotte courte, qui chante à tue-tête la joie et puis la fête, volant de flaques d’eau en flaques d’eau, de petits bobos en grands chagrins, et observant d’un œil effrayé, le carnaval des masqués.
Je suis petit garçon amoureux d’une fée farceuse, valsant et priant pour un premier baiser, et je flotte et tangue sur des nuages insouciants tandis que plus bas, sur terre, deux bons copains se disputent à coups de revolver.
Je suis petit garçon, petit chenapan qui trouve dans le porte-monnaie rose trois francs six sous pour gâter mes dents et bien d’autres choses, et qui jamais ne trouvera la cachette aux mensonges alors qu’il brisera mille fois le miroir aux alouettes.
Je suis petit garçon, libre souillon qui prospère les mains dans les poches, sifflotant lanlère aux passants et cherchant au pied de l’arc-en-ciel le trésor des perdants, la chance des insouciants…
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