25.08.2009

A mon oiseau sauvage

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Je suis petit garçon, petit couillon, qui chasse les talons des filles et les punitions, les rendez-vous du mercredi après-midi où les cancres, enfin seuls, laissent voyager leur imagination. La mer, les mouettes et mes soleils d’étés…

 

 

 

 

Et ce pion attendri caressant mes cheveux  d’oiseau sauvage…

16.07.2009

Mais Je, où est-ce ?

L’ange noir, celui de mes sept ans, les ailes en croix, éventre les cieux balafrés par les feux intérieurs. Le petit clown ricane, il n’a plus froid. Et dedans la terre se noie, affreusement.

 

Je, où est-ce ? Les orages de lave écorchent mes peaux vives, mes pauvres yeux effrayés par les respirations labyrinthiques, la bouche close et mon silence… Là-bas, une pluie fine recouvre la forêt d’une impassible rosée, mes pas tapissés de mousse, mon fils et son allure de matelot volontaire.

 

Et cette attente, indescriptible, dans les paysages en fusion : volcans, tempêtes et incendies dans le chaos brutal. Et cet oubli dans les corps de passage, et ces soupirs tant recherchés, et ces rouges sangs qui dévalent en rugissant les monts imaginaires. Les cloches sonnent, il n’est pas l’heure.

 

Mais… Mais Je, où est-ce ? Une rivière primitive qui serpente dans l’écho divin, un vol noble de vautours agités, une lente ascension au creux d’une vallée abandonnée… Et toujours au dessus, les nuages ténébreux, les cuisses de l’aimée, et la sainte armée des doutes et des impatiences.

 

Cette vaine agitation, comment la taire ? Chaque jour, des tombes familières, s’élèvent les souvenirs et les plaintes, les rendez-vous manqués et les rires lointains. Un qui manque, un qui pleure, sans justice ni demi-tour, et le cœur qui hésite à se joindre aux cendres prisonnières. Et les mots ? Si fragiles et si menteurs, si laids parfois…

 

Et tout qui tourne et me retourne, et qui s’accroche et me décroche, d’idées en idées, d’obsessions en obsessions, de cauchemars en cauchemars. Où donc s’évanouissent les croissants de lunes bleues et les brises adolescentes, les merveilles familiales et les repos de l’été ? Epousant le sable, l’horizon dévoile le ballet des sirènes sages tandis qu’un phare antique hypnotise les vagues de son regard paternel.

 

Sur la lande dévastée, les arbres faméliques s’élèvent tels des mâts foudroyés. Le sol, sec et poussiéreux, assoiffé, ignore l’affolement des insectes tandis que de ses brûlures assassines, le soleil éclaire au mieux craquements, fissures et interstices. Et Je, où est-ce ? Ombre squelettique traînant sa masse difforme dans le désert, errant en vieux prophète, mêlant sa chair à sa tunique, espérant et redoutant le signe qui ne vient pas.

 

Et l’ange noir, celui de mes sept ans, règne en conquérant sur l’étendue immense de mes idéaux. Le petit clown sourit, il a chaud. Et dedans, ma terre se noie, affreusement.

19.06.2009

Le silence (20)

Et finalement, un soleil plein creva le manteau noir et épais des dissimulations…

 

Après cette nuit étrange à l’allure d’un confessionnal, il est avide de retrouver son corps, de sentir ses jambes avaler la pente, de transpirer un bon coup. Chaque pas le rapprocherait du but, chaque pas compterait.

 

« Bien dormi ? Mauvaise question apparemment… On y va ? » Un policier reste-t-il toujours un policier ? Un chasseur simplement assoupi… Les amas de pierres et de rocs disloqués, la chaleur rampante dès huit heures du matin, le réveil agité des insectes, le bruit discret d’un mince filet d’eau, et l’ascension qui commence. Ils sont deux hommes dans la montagne indifférente, deux frères humains happés par l’effort et la méditation. Ils empruntent un chemin sinueux et étroit, encerclé par un océan de verdure. Ils règlent leur respiration et à intervalles réguliers, ils boivent un peu. « Qu’allez-vous faire ? » Le père amputé n’a pas de réponses, ce n’est ni l’heure, ni l’endroit… Ce matin, il m’a glissé dans sa poche et il attend que je sonne mais je ne me sens pas à ma place. Ici, un portable est un objet sans beaucoup de sens. « Je crois que ce serait une erreur… Ce n’est pas que ça ne servirait à rien, ce n’est pas vrai de dire ça, mais je crois que ce serait une erreur… Oh ! Regardez.» Un rapace d’une envergure imposante surgit dans les cieux sans nuages. « Il doit avoir faim. C’est dommage, j’ai oublié mes jumelles…» Ils reprennent leur lente marche vers le sommet et toujours, il attend que je sonne. Retrouver la musique de sa voix, la possibilité de ne pas mentir, l’immense envie de la séduire et de la serrer dans ses bras. Son souvenir décore chaque seconde… « Dans une heure, nous serons arrivés. Vous voulez faire une pause ? Ok, on continue…Je n’ai pas de conseils à vous donner, et puis, j’imagine que vous avez déjà penser aux conséquences… C’est plus une intuition… Peut-être que je me mets à votre place… Pour moi aussi, c’était hier.» Le col est en vue, encadré par deux pitons rocheux et puis ce sont les derniers mètres avant de contempler la vallée aux dimensions d’une maison de poupées. Assis côte à côte face au paysage vertigineux, ils engloutissent leurs sandwichs et quelques abricots secs. Ils ont même un thermos de café bien chaud. Le temps et l’espace ne sont plus les mêmes, les repères ont changé. « Lorsque ma femme est morte, je ne savais plus où j’en étais. Les enfants étaient grands, j’étais seul, je n’avais plus envie de rien, mon boulot me paraissait insupportable, mes collègues insipides et ignorants. Je n’étais pas loin de… Et puis je suis venu ici et ça a suffit. La montre était repartie. Les choses redevenaient… gérables…» C’est à moment-là que j’ai sonné. Je ne savais vraiment pas où me mettre. Et le pire dans tout ça ? C’est qu’il n’a même pas répondu à cet appel…

18.06.2009

Le silence (19)

Il remue, il étouffe, il suffoque, il dort et sa sueur imprègne les draps d’une odeur maladive. Il remue encore, il est épouvanté, il est seul, il ne sait plus crier, il ne sait pas où trouver de l’aide, son corps est un arbre tombé accidentellement, ses brisures et ses fêlures sont multiples et irrégulières, et c’est un tout petit morceau d’écorce qui le retient encore à la vie. Il n’a plus qu’un drap pour se réchauffer, un simple drap qui le transforme en une momie affolée. Il se jette et s’abîme contre les murs labyrinthiques de l’existence, il piaille tel un oiseau mazouté. De ma structure capitonnée, j’observe impuissant sa peau se retourner et son âme suffoquée qui vainement cherche un peu d’air. Affolé par ces vides à vif, il en appelle aux montagnes, à la mer, aux fleurs et aux papillons. Il s’éveille - en tout cas ces yeux sont grands ouverts - et puis désemparé, il prie. Il ne sait pas quel Dieu, il ne sait pas faire, il a oublié, mais a-t-il jamais su ? Mais il prie et il invente, il retrouve des mots anciens, il a tellement peur... L’aurore, elle, patiente tandis que les étoiles carnivores se jettent sur le festin improvisé. Elles sont gourmandes, ces garces et très vite, elles délaissent le squelette pour sucer goulûment la cervelle toute enflée. Mille pailles l’aspirent, mille fils le ligotent, mille bourdonnements grondent dans sa tête éclatée. L’unique problème, c’est lui. Il le sent ce mal qui depuis tant d’années l’a méticuleusement broyé.

 

Un pauvre lit comme moi n’a pas trente-six mille sorts à son actif et puis, un seul fonctionne vraiment. Elle est là, la femme, quelque part dans son cœur, une femme belle et généreuse, une femme qui sait aimer… Alors, une nouvelle fois, je me mets au travail et j’invoque la fragile magie, l’équilibre mystérieux des forces naturelles. Parfois, cela fonctionne, ils reviennent de l’autre côté du rivage, à l’orée d’une forêt épaisse et ils comprennent… Quoi, je ne sais pas vraiment, mon travail s’arrête là mais je vois le calme, un sommeil profond, une respiration régulière, un désir visible de vivre. Il suffit de trouver la faille, un simple morceau de papier marqué de quelques chiffres… « Excusez-moi, je sais qu’il est très tard… Oui bien sûr… On s’est rencontré sur l’autoroute, j’ai abîmé votre voiture… Je suis désolé… » Et le voilà qui pleure, lui qui retenait tant de sentiments, tant d’impossibilités, le voilà qui pleure comme un enfant. Elle devrait raccrocher mais ces pleurs ont un écho inattendu, une sincérité désarmante. « Je ne sais pas ce qui m’arrive… Je suis vraiment désolé… Je voulais juste… » Et de nouveau le barrage qui cède, et les sentiments qui se mêlent aux larmes, et les regrets aux espoirs, et le futur au passé… Pourquoi parler ? Mais il essaye encore… « Je… S’il vous plait… Je… Merci de… » Elle entend, c’est ainsi et puis elle conclut : « Rappelez-moi demain, nous pourrons en parler… »

31.03.2009

Le silence (18)

 Ce soir, étrangement, nous avons de la visite. Il est entré en projetant son ombre de chêne sur mes murs modestes. Lui et mon propriétaire sont fondus dans une même armure, conquistadors hantés par le sang des innocents. Leurs mains se rencontrent, pactisant comme deux armées harassées par un trop long conflit. Les bannières claquent encore au vent tandis que sur le champ de bataille, les corps entremêlés déversent un même torrent de souffrances et de larmes. Et ils bâtissent, et ils détruisent, tout cela avec leur belle énergie, avec cette naïveté si cruelle de ceux qui se savent mourants dès le premier instant…

« Même si la route est longue, vous avez bien fait de venir me voir… Demain, il devrait faire beau… Nous pourrions peut-être nous promener…Et puis parler aussi…» Assis face à face, ils ouvrent une, puis deux bouteilles d’un vin raisonnable. Chacun attend pour se livrer, en sachant parfaitement que le temps se joue des impatiences avec le détachement des dandys qui n’ont jamais manqué de rien. Notre pauvre gros chien renifle l’inconnu puis s’installe à ses pieds. Sans doute espère-t-il quelques caresses supplémentaires. « Je n’ai pas réussi à oublier… Ni à pardonner… Je ne pourrais jamais… C’est impossible… » De son pouce, mon propriétaire gratte nerveusement son alliance. Je n’arriverai jamais à comprendre pourquoi il la porte encore. Mais après tout, je ne suis qu’un toit avec quatre murs, une chose insensible qu’il faut chauffer artificiellement. « J’ai bien essayé, je vous assure… Une fois, longtemps après, j’ai raccompagné une femme chez elle. Elle me plaisait, j’avais envie de l’embrasser et je crois qu’elle aurait été d’accord… Je n’ai pas pu… Toute envie était morte… Je l’ai évitée après cela… Elle n’a pas insisté, d’ailleurs. »

Que répondrai-je à la place de mon propriétaire ? Les cœurs sont peuplés de désastres, d’immenses étendues sans repères où les cris se noient dans les horizons en feu. « Je sais parfaitement pourquoi je repense à elle mais peu importe, n’est-ce pas ? Il me semble que tout a toujours été trop tard pour moi, même avant que… Pourtant, j’ai eu mes chances, je ne peux pas dire… » Il remue son verre, pensif, cherchant sans doute les mots pour exprimer sa juste colère… Mais ce ne sont pas des mots qu’il a dans la tête mais des images, plein d’images, plein d’odeurs, plein de sentiments, plein de mélancolie du temps où sa fille courait comme une fée, où sa femme le regardait avec amour et où son fils tendait ses mains vers le roi tout-puissant. Oui, une simple maison peut deviner tout cela, nous cohabitons si complètement… Et puis, j’habite au pied des montagnes, la sagesse n’est pas loin, elle flotte tout près d’ici, sur des cimes que vous domptez toujours de manière éphémère. Les signes de gloire et de triomphe, quelles mauvaises illusions… Et ces descentes, inévitables…