16.07.2009
Mais Je, où est-ce ?
L’ange noir, celui de mes sept ans, les ailes en croix, éventre les cieux balafrés par les feux intérieurs. Le petit clown ricane, il n’a plus froid. Et dedans la terre se noie, affreusement.
Je, où est-ce ? Les orages de lave écorchent mes peaux vives, mes pauvres yeux effrayés par les respirations labyrinthiques, la bouche close et mon silence… Là-bas, une pluie fine recouvre la forêt d’une impassible rosée, mes pas tapissés de mousse, mon fils et son allure de matelot volontaire.
Et cette attente, indescriptible, dans les paysages en fusion : volcans, tempêtes et incendies dans le chaos brutal. Et cet oubli dans les corps de passage, et ces soupirs tant recherchés, et ces rouges sangs qui dévalent en rugissant les monts imaginaires. Les cloches sonnent, il n’est pas l’heure.
Mais… Mais Je, où est-ce ? Une rivière primitive qui serpente dans l’écho divin, un vol noble de vautours agités, une lente ascension au creux d’une vallée abandonnée… Et toujours au dessus, les nuages ténébreux, les cuisses de l’aimée, et la sainte armée des doutes et des impatiences.
Cette vaine agitation, comment la taire ? Chaque jour, des tombes familières, s’élèvent les souvenirs et les plaintes, les rendez-vous manqués et les rires lointains. Un qui manque, un qui pleure, sans justice ni demi-tour, et le cœur qui hésite à se joindre aux cendres prisonnières. Et les mots ? Si fragiles et si menteurs, si laids parfois…
Et tout qui tourne et me retourne, et qui s’accroche et me décroche, d’idées en idées, d’obsessions en obsessions, de cauchemars en cauchemars. Où donc s’évanouissent les croissants de lunes bleues et les brises adolescentes, les merveilles familiales et les repos de l’été ? Epousant le sable, l’horizon dévoile le ballet des sirènes sages tandis qu’un phare antique hypnotise les vagues de son regard paternel.
Sur la lande dévastée, les arbres faméliques s’élèvent tels des mâts foudroyés. Le sol, sec et poussiéreux, assoiffé, ignore l’affolement des insectes tandis que de ses brûlures assassines, le soleil éclaire au mieux craquements, fissures et interstices. Et Je, où est-ce ? Ombre squelettique traînant sa masse difforme dans le désert, errant en vieux prophète, mêlant sa chair à sa tunique, espérant et redoutant le signe qui ne vient pas.
Et l’ange noir, celui de mes sept ans, règne en conquérant sur l’étendue immense de mes idéaux. Le petit clown sourit, il a chaud. Et dedans, ma terre se noie, affreusement.
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