05.03.2009

Et hop...

Dans ce coin-ci de l’Arctique, près des pingouins sauvages, je faisais office de saint tandis que d’autres me faisaient la nique, avec les grands airs et les mauvais principes. Ils parlaient trop, les zouaves mais je savais garder mon calme, un héritage familial gagné dans les steppes de l’Est, du temps où les loups montraient à tort les crocs. Mais bon, ils causaient malgré tout, ces salopards et de temps en temps, forcément, ils marquaient des points, peut-être les mauvais, mais des points quand même. Et puis moi, à part la sensiblerie, les mots contre les maux, les souvenirs de maman, et puis de père - enfin le tableau classique des sensibleries mièvres – je ne savais que fermer ma gueule de romantique, serrer les dents et supporter les moqueries, alors qu’au loin, sur la route, s’ouvraient les paysages rouges et les monts ardents de mes idéaux. Pas de mystère, mon gars, pas de surprise, ils gagnaient et pourtant, des quelques coins du monde que j’ai visité, il y a toujours une place pour les perdants, les renégats et les coquins, tous ces monstres en dehors des univers connus. Je suis un de ceux-là et pas des moindres ! Mon appétit rencontre la mer, cette avidité de croquer les vrais méchants, les juges de la dernière espèce, les inventeurs de mal-être. Seul et silencieux, perdu dans ma banlieue cérébrale, bouleversé par les images carcérales de mon purgatoire, j’avance maladroit et émotif, bancal comme pas un, et de mon pas abîmé, sous l’arche de mes frères et de mes sœurs de pensée, j’idolâtre l’Anarchie. L’Anarchie, oui, l’Anarchie fraternelle des blessés et des sans voix, des ours caverneux, des timbres cassés par la cigarette roulée… Et puis d’ailleurs, mon cri n’est pas humain et ne le sera jamais. J’ai une mémoire brisée et des fantômes familiers qui l’emportent sur ce réel imposé, cet affreux regard qui n’a aucun respect pour les fêlures et les drames… Je suis une blessure ouverte, une plaie béante, un ogre de vin et de plaisir, un bossu qui porte le malheur et la chance…   

Ecrire un commentaire