21.11.2008

Si joyeusement seul

Si joyeusement seul dans la petite maison en impasse où le dahlia rose s’incline sous le crachin d’automne. Il ne fait pas encore froid, malgré tout… Mamie gâteau salue d’une main son bien petit jeune voisin, soixante ans ici, le temps passe, malgré tout… Le chêne de la maison de retraite est malade, il perd ses feuilles pour la dernière fois, quelqu’un me l’a dit mais qui ? J’ai peu de mémoire, tout comme j’ai peu de vie. C’est si dommage de ne pas avoir de cheminée, il me faudrait un bon feu pour me réchauffer… Et après tout, pourquoi serait-ce perdu d’avance ? Cet été, on a fait fête, on a dansé, on a bu, les enfants jouaient au ping-pong et aux courses de poussette. J’ai fait griller des saucisses et puis j’ai trop bu alors ils m’ont couché, sans trop rien dire, un peu gênés… Non, ils n’ont rien dit, ici c’est normal de trop boire.

 

Les heures sont longues et humides, un brin anciennes, rythmées par les camions poubelles et les livraisons, le crin crin du facteur sur son vélo jaune et bleu… Derrière la fenêtre, j’observe les oiseaux qui m’épient. Il faudrait sortir, parler, expliquer et mes larmes sont si sèches, si vaines et si belles qu’elles me suffisent. Un voisin répare son portail. Sa maison, c’est son bateau, une croisière vers les îles, un refuge pour les marins en galère. Il m’accueille parfois pour un rhum sauvage et quelques noix de cajou et de sa voix grave de curé en déroute, il m’annonce le retour des tempêtes et des naufrages. Et puis il s’excuse et se souvient, et il ouvre un hublot pour faire entrer un peu d’air. Autour de moi, l’oxygène se raréfie.

Commentaires

étrangement, tout ça me parle. Je dirai, tout ça arrive dans mon âme comme un chuchotement. bisous- Marco

Ecrit par : marco | 25.11.2008

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