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04.05.2008

Sans cesse lutter pour ne pas sombrer

Assis face au fleuve, liquide et désoeuvré, j’attendais… L’eau saumâtre, le fond invisible et au milieu des flots calmes, un cargo miteux, rouillé jusqu’au squelette, qui glissait comme une souche noire. S’engloutir et au gré des courants, rebondir comme une feuille collée à son destin, plus de goût, plus d’envie, mourir sans raison, mourir sans passion, mourir, mourir et mourir encore…

Et la poupée muette et grimaçante qui n’arrivait même plus à me faire rire, tandis que l’autre pantin montrait son visage fermé, une astuce maternelle peu recommandable. Où donc se cache la douceur de ce monde, les plantes sucrées arrosées par les brises marines, les après-midi d’ivresse tranquille sous un soleil nerveux. J’ai cassé le dernier miroir de la maison, trop méchant, trop vrai, peut-être trop vivant. Il n’y a que le silence et la fin, et puis le clapotis étrange des rives assassines.

Je suis du coton inconscient, une machine déréglée, un tout petit homme sans âme, un poisson qui rejoint sa bulle, un serpent solitaire qui s’étire sur les vaguelettes boueuses. A la honte s’ajoute l’abandon. Dommage, j’ai parfois remué mon corps comme une fête laiteuse, bougé ma tête comme un esthète impatient, secoué mes branches comme un pommier fécond.

De mon passage, il ne reste que des fruits pourris et l’amère sensation de n’être jamais né.

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