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21.11.2007

Le silence (3)

Il est gentil. Evidemment, c’est pas au goût du jour mais pour moi, ça compte. Et puis, l’est pas du genre à laisser tomber quelqu’un. En plus, il se décourage pas, c’est un travailleur né. Un exemple ? L’autre soir, le plafonnier de la cuisine fait son caprice et s’éteint d’un coup. Ni une ni deux, voilà mon homme à l’ouvrage. Et que je t’analyse le problème et que je te ressoude ça. En dix minutes, l’affaire était réglée et la lumière de retour. Il me bichonne, mon homme, moi qui ne suis pourtant qu’une maison ridicule perdue au milieu d’autres maisons tout aussi ridicules. Je me regarde et je ne m’aime pas mais lui, lui, il voit autre chose qu’un pavillon pourrie de banlieue. Je suis son refuge, son secret, sa femme et sa famille. S’il travaille, c’est pour moi. S’il respire, c’est encore pour moi. S’il souffre, c’est avec moi. S’il pleure, c’est devant moi. Un homme comme lui qui pleure, c’est quelque chose. C’est digne de la tragédie antique. Rien que d’y penser, j’en ai des frissons. Alors bien sûr, faut aimer le grand calme et comprendre les silences. C’est complexe et multiple un silence, ça veut tout et rien dire. Et surtout, ça dérange un silence, on peut plus se cacher derrière les bruits inutiles et se nourrir des agitations vaines. On fait face à l’essentiel et là les hommes, croyez-moi, ils ne sont guère brillants. Ils perdent de leur superbe et de leur arrogance. Ils redeviennent ce qu’ils sont, du vide devant du vide. Alors mon homme, je le trouve courageux de vivre comme il vit. D’ailleurs des histoires, il pourrait en raconter, des belles et des laides, des tendres et des dures mais il préfère se taire. Il a vu du pays, il a roulé sa bosse comme on dit, il a aimé je crois et puis, il m’a acheté, pour le meilleur et pour le pire. Je ne plains pas, je suis heureuse. Je suis bavarde pour deux. Je sais bien qu’un jour, il me rendra jalouse mais pour aujourd’hui, je profite de chaque instant passé avec lui. Le samedi soir, quand il rentre tard du bistrot, que ses ronflements puissants font trembler les murs, je l’aime encore. Peut-être même davantage. Peu m’importe qu’il laisse traîner ses chaussettes sales, qu’il pisse dans l’évier et qu’il ne se lave pas tous les jours. L’amour ne s’explique pas et avec lui, c’est à la vie, à la mort.

C’est juste comme ça… Et je ne me plains pas…

Commentaires

C'est dingue comme on s'habitue à la régularité des écrits. Et puis, rien ne vient. Alors j'attends la suite. Marco

Ecrit par : marco | 29.11.2007

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