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20.11.2007

V I S I O N . . . (suite à une conversation dominicale arrosée)

Sur cette peau, sous sa peau, le soleil…

Qui n’est pas attiré par le soleil après toutes ces années de pluie ? Les gouttes d’eau, le long des gouttières. Qui suis-je, si ce n’est le vent ? Alors partons, oui partons, vers ces pays qui nous font peur et que nous détestons tant. Evidemment, je ne pars pas, voyageur attardé sur le quai et qui voit les paquebots s’envoler vers les Etats-Unis d’Amérique. Le long de cette plage grise, le souffle de la mer est triste. Et mon pas fatigué, suivi par cette vieille mouette criarde, ressemble tant à mon enfance que les larmes ne tardent pas à venir. Mes copines, mes compagnes, ma tristesse. Alors cette peau jeune, si jeune à en mourir, comment ne pouvait-elle pas venir s’écraser contre ma bouche gourmande ? C’est mal, si mal que je recommence jusqu’à l’indigestion, pour me sentir vivre, parce que je ne suis pas encore crevé. Tous ces cris qui se perdent, qui ne servent à rien, qui ne me ressemblent pas. Comment expliquer la différence ? Comment rejeter ce corps qui répond joyeusement, qui vagabonde et picore au lieu de se poser ? Je n’ai jamais eu la force de lutter contre mes envies, poitrine dure qui pointe vers mon enfer. Ce n’est pas le regard des autres qui me pèse le plus, c’est son visage à elle, après la jouissance, lorsque l’excitation retombe et que je ne vois plus que mon ventre rebondi, que mes rides précoces et que ma lassitude désespérante. Je ne la regarde plus, j’ai trop honte de ce que je suis devenu. Elle me console, me câline, prononce des mots qui ne m’appartiennent pas. Elle ne joue même pas. A son âge, on ne sait pas. D’ailleurs, elle croit sincèrement à son mensonge et moi, je me tais. Mais mon silence coupable ne m’empêche pas de me dire cent fois par jour : « l’amour, je ne le connais que par le mensonge. L’amour c’est faux, ça n’existe pas. Ou alors quelques miettes pour les chiens que nous sommes. »

Oui, regardez-moi, jugez-moi, vous qui prétendez aimer mais qui ne connaissez plus le frisson d’une main, le premier regard, la soif inépuisable de retrouver l’autre. Oui, emportez-moi dans votre tourbillon de haine, peu m'importe car tandis que vous bavez en spectateur honteux, moi je suis ébloui par un soleil matinal, par cette pâleur estivale qui préfigure de profondes chaleurs. Demain, je suis mort mais aujourd’hui, je suis un roi comblé, nu jusqu’à l’obscénité.

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