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27.01.2007

Cicatrices

Le couteau si triste qu’il ne s’est pas levé, cloué au cœur par trop de malheurs et d’années effacées. Il est des blessures qui retiennent le sang, des blessures conservées comme de précieux diamants. Bien sûr, le silence s’impose devant les cris du dedans. Question de décence et désolé pour le dérangement. Mais aux jours humides, la lame se réveille avec ses pelletées de souvenirs et sa cohorte de renoncements. Il n’est pas trop tard pour prier, Dieu n’est que patience. Imprégnés des fantômes aimés, ressurgissent parfois les sourires d’antan, les fêtes passées. Une peau, une odeur, un ventre et cette certitude d’être habité par un autre que soi. L’âme n’est qu’une maison de passage, un prêt bien cher payé. L’attente se fait face contre terre, à jamais replié dans cette maudite impuissance. Les morts, décidément, donnent à la vie ses lettres de noblesse...  

 

11.01.2007

Sans titre

Le temps existe, n’est-ce pas ? Celui qui s’accélère, celui qui ralentit au gré de nos petits événements. La tête pleine d’échos et de rêves, de longs couloirs blancs et de tapis volants. Je n’existe pas, ni mon corps ni mon âme. Mais alors, quels sont ces doux frissons qui me gardent éveillé ? Une ruelle squelettique s’enfonce dans mon passé. « Qui va là ? » Surtout se taire et fuir devant cet escalier sombre où la nuit s’ouvre comme un venin mortel. Un mot, un seul et le sort en est jeté, avalé comme une bouchée de viande tendre. Tic Tac, tic tac, le temps existe, n’est pas ? Celui qui roule des mécaniques et celui, plus discret, qui me conduit à la tombe. La même règle, le même destin, la même fin. Ces étranges sauts d’humeur qui un jour me voient vieillard et le lendemain enfant. Sans parler de ce clochard qui jadis s’endormait pour une cuisse blonde sous les porches des bienveillants. A ses pieds, une mare d’incertitudes le noyait lentement et oui décidément, rien ne change, ni les vents, ni les silences, ni ce désir de s’effacer discrètement. Le temps existe, n’est-ce pas ? Et pourtant…
Et pourtant d’un seul geste, l’esclave en devient maître.

04.01.2007

L'année de tous les dangers

Comme toujours, ne pas se sentir à sa place, pris entre deux feux envahissants, entre deux routes illusoires. Au bout, la mort puis le silence. Un corps de femme recouvre mes angoisses, cela soulage un temps mais le noir l’emporte avec ces bruits étranges, ces pas du dessus. Sursauts et sueurs dans les draps de l’amour. La folie attend son heure, elle est patiente et sournoise, habile et implacable. Elle sait qu’à sa suite, je deviendrai un serviteur fidèle. Personne n’est à blâmer, il en est juste ainsi. Le monde se désagrège comme une poignée de sable fin. Au loin Venise et ma jeunesse, le Redentore et les moines capucins. Il n’y a rien de plus terrible que de renier ses rêves. O mon sommeil de plomb, mon ami et mon Dieu, entraîne-moi vers les rives de l’inaccessible et nous verrons bien qui, du fantôme ou de l’homme, remportera le fragile combat.

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