16.05.2008
Lignes hiérarchiques
Lui ne porte rien qu'un Hugo Boss
Pour exhiber son puissant torse
Aux fières nymphettes des cités
Hautes perchées dans leurs souliers
Le jeune caïd fredonne un rap
Qui frappe la tête et donne le cap
De ses pensées assaisonnées
Vers ses victimes ensanglantées
S’amusant de sa lame aiguisée
Il mate la masse empressée
Qui se bouscule dans tous les sens
Dans les trouées de la Défense
Une blonde berbère à ses faveurs
Qu’il quitte son poste pour une heure
Jouant de ses muscles de champion
Pour mettre la belle dans une chanson
Une bourg’ fatale lui tape dans l’œil
Qu’il pète un raï et qu’il la cueille
Dans un couloir à sens unique
Aux couleurs orange mécanique
Ce toqué du clic clac du couteau
Ne sait même pas qu’il est séro
Finit fonssdé troué sur le plancher
Par trois lascars d’un autre quartier
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04.05.2008
Sans cesse lutter pour ne pas sombrer
Assis face au fleuve, liquide et désoeuvré, j’attendais… L’eau saumâtre, le fond invisible et au milieu des flots calmes, un cargo miteux, rouillé jusqu’au squelette, qui glissait comme une souche noire. S’engloutir et au gré des courants, rebondir comme une feuille collée à son destin, plus de goût, plus d’envie, mourir sans raison, mourir sans passion, mourir, mourir et mourir encore…
Et la poupée muette et grimaçante qui n’arrivait même plus à me faire rire, tandis que l’autre pantin montrait son visage fermé, une astuce maternelle peu recommandable. Où donc se cache la douceur de ce monde, les plantes sucrées arrosées par les brises marines, les après-midi d’ivresse tranquille sous un soleil nerveux. J’ai cassé le dernier miroir de la maison, trop méchant, trop vrai, peut-être trop vivant. Il n’y a que le silence et la fin, et puis le clapotis étrange des rives assassines.
Je suis du coton inconscient, une machine déréglée, un tout petit homme sans âme, un poisson qui rejoint sa bulle, un serpent solitaire qui s’étire sur les vaguelettes boueuses. A la honte s’ajoute l’abandon. Dommage, j’ai parfois remué mon corps comme une fête laiteuse, bougé ma tête comme un esthète impatient, secoué mes branches comme un pommier fécond.
De mon passage, il ne reste que des fruits pourris et l’amère sensation de n’être jamais né.
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10.04.2008
Extrait
Sous une heureuse lumière, près d’une tombe qui ressemblait à mon frère, devant mes deux fils fiers et amis, mes jambes s’échappèrent… Loin, loin dans mon cœur, j’avais ce rêve qui était mort, cette volonté de trouver les mots justes, les mots qui touchent. Et puis, je ne sais pas, je ne sais plus, j’ai perdu l’envie, tout était noir, triste et incertain. Même l’alcool, mon vieil ami, me fuyait ou pire encore m’enfonçait la tête sous l’eau. Les femmes aussi me fuyaient, tout comme le talent, l’argent, la reconnaissance et cette solitude qui m’écrasait, me faisait pourrir comme une plante trop arrosée. Le cerisier du jardin sortait ses premiers bourgeons et je contemplais mon clavier comme une arme fatiguée, un compagnon de souffrance qui s’était lassé. La même musique, le même refrain, la même lassitude. Et cet orage qui ne venait pas, ce ciel gris et sans fantaisie, cette lumière heureuse mais ennuyeuse… Les attributs sans le talent, la malédiction sans l’argent. Mon cœur affreusement ouvert à toutes les inconnues de passage, ces femmes sans tendresse et ces corps sans mémoire. Et le vent de la révolte ! Je n’ai plus ce courage là, je suis si déçu, si déçu que je ne sais plus quel chemin prendre, quel chanson chanter, quel poésie réciter. Oh, mes amis, mes lointains frères, laissez-moi rejoindre la terre et mon frère, le néant et le silence, l’harmonie et la beauté. Non, non, cette vie n’est pas pour moi, avec son hypocrisie, cette drogue qui me noie les veines, cette noirceur qui me sort les tripes à l’air tandis que les rois blasés s’envoient en l’air avec des russes effilées.
- Mais tu sais quoi, mais oui mon bonhomme, toi, tu sais quoi ?
- …
- Ah, tu réponds pas… Et d’ailleurs, je préfère… J’étais pas loin de te casser la gueule !
Et ce cul qui se balançait comme dans mon enfance, entre un éléphant et une girafe, un doudou et une comptine depuis longtemps oubliée. La géante aux chaussettes rouges… Il faudrait changer, partir, oublier ou quelque chose comme ça, regarder à la télévision la vie, observer les animaux s’éteindre sous les coups de nos mains impatientes, aboyer comme un esclave moderne, rire, rire parce qu’on ne sait plus quoi faire ! Ouais, le cerveau tordu, le foie malade, les tempes suantes, le ventre agressif et s’empiffrer de langoustines au clair de lune en regrettant ses quinze ans et les demoiselles agiles. Gazelles avides de vin et de paroles savantes. Je vomis, je crache et mes hurlements vous dérangent tout comme ce confort abusivement gagné. La maison aux étages, la chambre vide, les chats gourmands et dépressifs, publicité mensongère pour monstre à la double bosse chanceuse. J’ai connu un vieux musicien que les gens ne saluaient plus, un vieux monsieur très respectable qui ressemblait à un clochard talentueux. Il avait même une fille, une nana qui de ses doigts inventait une sensualité étrangère, un mouvement maladroit et fragile. Pauvre homme… A moi, l’ardente terre aux pouvoirs amnésiants.
Et je casse, casse toute cette musique qui ne me plait pas, ces instants à jamais perdus, ces mortelles randonnées où les sidéennes démoniaques inventaient la peste amoureuse. N’être que des fesses en l’air, un trou à combler, une larme… Une émotion qui devant les fascistes sûrs d’eux-mêmes savait les troubler, comme trois notes sur un piano, trois petites notes qui fredonnaient l’amour vrai, l’amour, l’amour…
22:20 Publié dans Toutes les notes du Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.02.2008
Où sont les camps d'aujourd'hui ?
Chut, tais-toi… Ne vois-tu pas ?
Silhouettes noires dans le froid du Nord.
Chut, tais-toi… Bien sûr que tu ne le vois plus, comment le pourrais-tu ?
A misères anonymes, violences anonymes et morts sans cérémonie.
Chut, tais-toi… Bling, Bling, font tes petites poches pleines tandis que une à une, patiemment, les vitrines s’éteignent.
Il est tard et quelques camions passent de l’autre côté.
Oui, il est vraiment tard pour ces fantômes oubliés.
Chut, tais-toi car qui c’est ce que demain t’amènera ?
A vouloir survivre à tout prix, on finit par se détester.
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17.01.2008
BBBOOOUUUHHH
Vous savez, la Vérité, c’est une cour de prison où t’en finis plus de tourner en rond, de voir tes copains crever de silence et puis ta femme s’enfuir. Vous savez, la Vérité, ça ne dure qu’un moment parce qu’à force de la dire, on se lasse, on préfère vivre et puis se taire. Moi, quelque part, la Vérité elle m’a tué de nombreuses fois. La première, la meilleure comme on dit, c’est quand les poils ont poussé, que la barbe s’est durcie et que les yeux plissés, j’ai dit comme ça : « Maman, je sors, pousse-toi de là. » L’a pas voulu comprendre alors la gifle, elle est partie toute seule et la route s’est ouverte, énorme et belle, gigantesque et insatiable. Ouais, c’est là que j’ai croisé mes frères, des types qui en avaient gros sur la patate et qui ne s’arrêtaient pas à la cravate. Savaient voir les plaies et les cicatrices, des trucs qu’à l’école, ils font semblants d’ignorer. Ah, les hypocrites, ils ont le jugement sûr, la voix qui tremble pas et les intonations. Alors donc, Ma mère, ce premier soir, je l’ai écrasée contre le mur d’en face. J’étais un géant qui ne redoutait certainement pas la colère de Dieu… Et je suis passé de l’autre côté, aussi facilement qu’une petite fille à travers un miroir. Depuis le voyage se poursuit, avec tant de déceptions que l’on renonce à les compter, avec tant d’appétit, que beaucoup vous abandonnent par peur du ridicule.
Ah, mes passions, mes petites chéries, mes corps aimés…
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